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Golfs : la réutilisation des eaux usées traitées pour préserver la ressource en eau



Depuis plus de dix ans, le golf de Rhuys-Kerver (Morbihan) utilise les eaux usées traitées par la station d’épuration de Saint-Gildas-de-Rhuys pour arroser 19 hectares sur les 60 que compte le parcours. Une initiative commune à d’autres parcours de Blue Green qui s’appuie sur le savoir-faire du groupe Saur dans le domaine de la Reut (Réutilisation d’Eau Epurée Traitée).

 

Blue Green est la filiale golf du groupe Saur. N°1 de la gestion de parcours en Europe, elle rassemble 51 parcours dont la moitié implantés sur le littoral Atlantique. Six d’entre eux sont aujourd’hui arrosés avec de l’eau traitée épurée : Baden et Saint Gildas (Morbihan), Pornic (Loire-Atlantique), Port-Bourgenay (Vendée), Mazières-en-Gâtine (Deux-Sèvres) et Sainte-Maxime (Var). Situé sur la presqu’île de Rhuys, qui ferme le golfe du Morbihan sur sa partie sud, le golf de Rhuys-Kerver est un parcours de 6 km, au cœur d’une zone littorale classée Natura 2000. Ses greens, petits et très roulants, sont appréciés des 450 abonnés qui viennent régulièrement pratiquer au bord de l’océan sans oublier les clients occasionnels (10 000 green-fees à l’année dont 45 % en juillet-août). L’entretien d’un tel parcours demande l’attention quotidienne du greenkeeper. En fonction de la pluviométrie et sur une période moyenne de 5 à 6 mois (mars-avril / septembre-octobre), 65 000 m3 annuels sont nécessaires pour arroser les départs, fairways et greens répartis sur les 60 hectares du site. Dès la fin des années 90, une réflexion s’est engagée afin d’étudier la faisabilité et le coût d’une solution en Reut. Elle était écologiquement souhaitée, économiquement intéressante (la station d’épuration n’est qu’à 2 km) alors même que la demande se concentre sur les périodes de l’année où les pics de consommation sont les plus importants (notamment période estivale).

 

Une eau de qualité baignade

 

La station Gildasienne, exploitée par Saur et propriété du syndicat intercommunal d’assainissement et d’eau potable (SIAEP) de la presqu’île de Rhuys, est située à l’est de l’étier de Kerpont. Elle a fait l’objet d’une extension et modernisation en 2010-2011. L’équipement antérieur, d’une capacité de 9 000 p.e, était sous dimensionné, la population passant de 1 600 à 12 000 habitants en période haute. Elle a été équipée d’une technologie membranaire Aqua-RM®, en remplacement d’une filière biologique classique. En sortie de station, les eaux épurées ont donc une qualité « eau de baignade » ce qui assure l’innocuité de leur rejet en mer, à 250 mètres du rivage. Cette technologie a également permis d’obtenir une eau de qualité A en regard de l’arrêté du 2 août 2010 relatif à l’utilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage. Une fois traitées, les eaux destinées au réemploi sont désinfectées sous l’effet de rayons ultraviolets (UV) puis stockées dans un bassin de rétention de 800 m3 avant d’être pompées vers le golf qui dispose également d’un bassin tampon de 700 m3. La consommation est précisément de 700 m3 par jour et peut monter jusqu’à 900 en été. Sur le parcours même, l’arrosage se fait traditionnellement de nuit afin d’éviter une trop forte évaporation et de gêner la pratique du golf en journée. Car même si l’eau n’est pas potable, le golf respecte les restrictions prises par la préfecture du Morbihan et n’arrose donc pas entre 8 et 20h. Cet arrosage est piloté par ordinateur, le programme étant enregistré en fin de journée par le greenkeeper qui évalue au fil des heures les zones ayant besoin d’être arrosées et la quantité d’eau distribuée sur chaque espace. Sur les 60 hectares du terrain, seuls 19 hectares sont actuellement concernés par l’arrosage. Les zones de départ et les greens font l’objet de toutes les attentions. Ce sont des zones très fragiles car l’herbe y est coupée très rase, à 3,5 mm, avec du matériel spécifique. Elles représentent un peu moins d’un hectare de la surface totale du terrain.

 

Une solution gagnant-gagnant
 
Cette prestation de fourniture d’eau pour l’arrosage du golf correspond à une redevance annuelle de 15 000 €, fixée lors de la convention initiale avec le SIAEP. Les travaux, réalisés en 2003-2004, ont été financés par le SIAEP, la région Bretagne, l’agence de l’eau Loire-Bretagne et le département pour un montant global de 740 000 €. Outre l’intérêt économique et environnemental pour le golf, cette solution de Reut permettait également au SIAEP de respecter l’arrêté limitant à 820 m3, en période de baignade (15 juin-15 septembre), son volume journalier de rejet de l’eau traitée dans l’étier de Kerpont. Le projet initial a dû se conformer en 2010 à l’arrêté concernant l’arrosage d’espaces verts ou de terrains sportifs (révisé en 2014), qui exige que l’eau traitée soit de qualité A, soit le niveau le plus exigeant (car présence de public). Il doit désormais détailler les performances de la station d’épuration en amont (analyses hebdomadaires sur les paramètres cibles, analyses des boues, sur six mois consécutifs comprenant la haute saison), le réseau d’irrigation lui-même, la description initiale du milieu récepteur, une analyse des risques et des impacts environnementaux et sanitaires. Au niveau de la qualité physico chimique des eaux, trois paramètres sont surtout concernés : la teneur en matière en suspension (MeS), la teneur en éléments nutritifs (ce qui permet de réduire l’apport d’engrais en conséquence) et la teneur en micro-organismes pathogènes. La fréquence d’analyses est trimestrielle (MeS, DCO, DBO5, E. coli, entérocoques, coliformes totaux), les prélèvements étant effectués en sortie de station d’épuration. Au-delà de la redevance et du suivi de l’évolution de la norme, l’exploitant du golf doit gérer un certain nombre de coûts propres au système de réemploi, tels que l’entretien du bassin (changement de la géomembrane de 1 000 m² tous les 7-8 ans, curage annuel), ou encore l’entretien de la station de pompage. Pour l’autorité sanitaire et la police de l’eau, il doit également mettre à disposition des informations relatives à la nature des parcelles ayant reçu des eaux épurées, aux volumes épandus, aux résultats de la surveillance analytique et aux périodes d’utilisation.

Cette illustration de Reut sur le golf de Rhuys-Kerver vient renforcer l’objectif de Blue Green de proposer aux amateurs de la petite balle blanche d’évoluer dans un site tourné vers la préservation de la ressource et des espèces. Outre la réduction drastique de l’emploi de phytosanitaires, Blue green a conclu un partenariat avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour un programme de travail de six ans sur 20 de ses parcours. Elle a également initié une démarche innovante « Golf et nature » qui  vise à développer des pratiques respectueuses de l’environnement pour la gestion de ses 2 000 hectares de parcours golfiques et des espaces verts attenants.

 

La solution Reut du golf de Rhuys-Kerver (Morbihan) en chiffres

– Consommation d’eau annuelle : 65 000 m3 (91 % en Reut)

– Redevance annuelle : 15 000 €

– Surface concernée : 19 hectares sur les 60 du terrain (31 % de la surface)

– Coût des travaux : 740 000 € (2004)

– Financement : agence de l’eau Loire-Bretagne 40 %, département 50 %, région Bretagne 10 %

– Capacité de la station d’épuration : 14 500 p.e extensible à 18 000





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