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Un programme partenarial pour prévenir des conflits d’usage de l’eau sur le bassin de la Vilaine



Une ressource sous tension

Le barrage d’Arzal (Morbihan), ouvrage clé pour la gestion des niveaux d’eau sur le bassin de la Vilaine, contrôle une réserve d’eau douce de 50 millions de m3. Cette ressource est sollicitée pour différents usages parmi lesquels la prévention des inondations, la navigation de plaisance et l’alimentation de l’usine de Férel, la plus importante unité de production d’eau potable de Bretagne. Une diversité d’usages qui peut engendrer des conflits parfois complexes à gérer. En particulier, le franchissement par les bateaux de plaisance de l’écluse présente sur le barrage provoque des remontées d’eau de mer dans la ressource en eau douce. Ce qui peut, en période d’étiage, et malgré un système de siphons permettant de rediriger la majeure partie des eaux salées parasites vers l’estuaire, dégrader la qualité de la Vilaine au niveau de la prise d’eau de l’usine de Férel. Le maintien de l’usage « navigation » sans restriction d’éclusages se trouve alors incompatible avec celui, prioritaire, de la production d’eau potable. Un enjeu territorial majeur, en période estivale où l’essentiel du trafic plaisancier est concentré et où la demande en eau potable est la plus forte avec une population desservie par l’usine estimée à environ 1 million de personnes.

 

Dans un contexte de changement climatique qui pourrait intensifier les périodes de sécheresse et les conflits d’usages en résultant, l’Institution d’Aménagement de la Vilaine (IAV), maître d’ouvrage du barrage et de l’usine, envisage à l’horizon 2020 la réalisation d’une nouvelle écluse permettant de limiter les remontées d’eau de mer. En parallèle, l’IAV souhaite améliorer sa connaissance des phénomènes complexes de diffusion des eaux salées en amont du barrage afin de piloter au mieux l’ouvrage et d’optimiser la gestion de la ressource vis-à-vis des intrusions salines.

 

 

Une réponse partenariale coordonnée par Saur

Pour répondre aux enjeux territoriaux de préservation des usages de la Vilaine, Saur, directement concerné en tant qu’exploitant de l’usine d’eau potable, coordonne une étude initiée par l’IAV, regroupant des expertises pluridisciplinaires locales et nationales, associant :

 

  • les compétences du pôle R&D de Saur, avec une équipe dédiée sur le site de Férel,
  • les moyens techniques et les bases de données de l’IAV,
  • l’expertise de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) qui dispose d’une équipe de recherche spécialisée dans les modélisations 3D d’écoulements gravitaires complexes,
  • le savoir-faire d’ImaGeau, start-up développant des outils innovants de surveillance en continu de la qualité de la ressource, partenaire de Saur sur d’autres études territoriales.

 

Le projet dispose d’un budget de 370 k€ pour les 3 années d’études 2016-2018. Les travaux réalisés – acquisition de données en continu, modélisation 3D, simulations prédictives – sont suivis par un comité de pilotage associant l’équipe projet et les partenaires financiers, notamment l’agence de l’eau Loire Bretagne.

 

 

« Sécuriser la ressource en eau potable »

 

Respectivement responsable du pôle Eau potable et Hydraulique de l’IAV et ingénieur R&D de Saur, Aldo Penasso et Stéphanie Piel sont pleinement impliqués dans le projet de recherche mené sur le bassin du barrage d’Arzal.

 

Pourquoi ce projet a-t-il été initié ?

Stéphanie Piel – Le barrage d’Arzal est stratégique pour la production d’eau potable en Bretagne. Il s’avère donc primordial de veiller à la qualité de cette ressource, celle-ci pouvant être altérée par des remontées d’eau de mer lors des éclusages liés à l’activité de plaisance, particulièrement forte en période estivale. La concentration de sel au niveau de la prise d’eau de notre usine peut alors poser problème. La concentration résiduelle en chlorures après traitement, même si elle respecte les normes de potabilité, peut également induire des problèmes de corrosion sur le réseau de distribution.

 

Aldo Penasso – Nous avons engagé cette recherche pour cerner les processus de diffusion de la salinité (chlorures, bromures…) en amont du barrage. Cette étude devrait aussi permettre d’optimiser l’utilisation de divers équipements, tels les vannes du barrage et les siphons situés en amont, pour mieux protéger la ressource en étiage et améliorer notre « calendrier d’éclusage ».

 

Qui est impliqué dans cette démarche ?

A.P. – Nous avons misé sur la complémentarité des compétences : Saur pour le pilotage du projet, ImaGeau pour le déploiement des systèmes de mesure en continu et le recueil des données par une connexion internet dédiée, l’Inria assurant la modélisation 3D des phénomènes observés. Pour notre part, nous mettons à disposition notre logistique et nos données concernant la gestion du barrage. A noter que ce projet est soutenu financièrement par l’Agence de l’eau.

 

Quel est le rôle de Saur ?

S.P. – Outre la gestion et la coordination des partenaires du projet, nous assurons la maintenance des trois bouées servant à mesurer la conductivité de l’eau, une conductivité liée à sa salinité. Celles-ci sont installées entre l’écluse et notre prise d’eau. Nous organisons aussi régulièrement des campagnes de mesures sur l’ensemble du bassin, en amont du barrage. Enfin, chaque année, un bilan portant sur l’avancement de nos travaux est produit. Au total, quatre personnes sont affectées à ce projet.

 

Quel est le stade d’avancement actuel ?

S.P. – Nous en sommes encore en phase de recueil et d’analyse des données. Toutefois, nous appréhendons déjà beaucoup mieux l’impact des marées sur les entrées d’eau de mer ainsi que le rôle des siphons situés au niveau de l’écluse. Par ailleurs, la construction du modèle 3D est en bonne voie. Dès 2018, nous pourrons générer des scénarios de gestion de l’écluse et du barrage en faisant évoluer des paramètres comme la température, les apports d’eau salée, le profil du fleuve les déperditions d’eau…

 

Quels impacts aura cette étude sur le territoire environnant ?

A.P. – L’objectif est d’optimiser le fonctionnement de nos installations avec deux conséquences majeures : une plus grande sécurisation de la ressource et une meilleure « cohabitation » entre une utilisation prioritaire – la production d’eau potable – et la plaisance. Nous avons en effet pleinement conscience de l’importance de cette activité dans l’économie du bassin de la Vilaine qui abrite 3 000 bateaux, soit jusqu’à 18 000 passages par an à l’écluse.

 





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